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Législatives : analyse du 1er tour par Michel Boivin

Michel Boivin, politologue

Michel Boivin, historien, sociologue et politologue, analyse les résultats du premier tour des élections législatives 2017 en Normandie.

 

Dans votre longue mémoire de politologue, y a-t-il une autre élection sous la Ve République qui vous ait apporté autant de surprises ?

- "Non, aucune. C'est la toute première fois sous la Ve République que l'on assiste à huit tours de scrutin en près de sept mois avec, pour chacun d'eux, une surprise : les éliminations d'Alain Juppé puis de Manuel Valls aux primaires de la droite libérale et centriste puis de la gauche socialiste, les échecs de François Fillon et de Benoit Hamon au premier tour de l'élection présidentielle, la progression du Front national aux deux tours du scrutin présidentiel.

C'est aussi la première fois sous la Ve République que l'alternance gauche-droite ne fonctionne pas. Le mauvais bilan d'un président de la République sortant qui ne se représente pas a plombé le PS et faussé le débat. Les "affaires fillonnesques" et les querelles de chefs en pleine campagne présidentielle ont ruiné les espoirs de la droite de gouvernement et permis à Emmanuel Macron de se qualifier, petitement d'ailleurs (24,01% des suffrages exprimés) et donc d'être élu semi-triomphalement face à Marine Le Pen.

L'alternative macroniste est, à vrai dire, chanceuse à ses débuts, notamment à cause d'un calendrier international (Otan, G7, réception de Vladimir Poutine au château de Versailles) permettant au jeune chef de l'État d'ajouter une surprise en communiquant, urbi et orbi, sur l'air de "Trump, pas ça"», "Poutine, pas peur".

 

Le dégagisme général touche aussi, en Normandie, de relativement jeunes élus comme Isabelle Attard, Estelle Grelier ou Guillaume Bachelay, des quadras qui n'avaient pas encore eu le temps de lasser. Que faut-il en conclure ?

- Le dégagisme, à l'œuvre en France depuis novembre 2016, s'est à nouveau manifesté à l'occasion du premier tour des élections législatives, en Normandie comme dans l'ensemble de la France. Les rares députés normands sortants arrivés en tête au premier tour n'ont pas eu de concurrent macroniste (Joaquim Pueyo, député socialiste reconverti en candidat divers gauche, circonscription d'Alençon et Christophe Bouillon, député socialiste, circonscription de Lillebonne) ou bien ont eu la sagesse de prendre l'étiquette du mouvement présidentiel (Bruno Le Maire, ex-député LR, circonscription d'Evreux), Alain Tourret (ex-député RDG, circonscription de Vire) et Stéphane Travert (député socialiste parmi les premiers soutiens d'Emmanuel Macron, circonscription de Coutances).

Il convient de préciser que le dégagisme fonctionne suivant le clivage parti neuf/vieux partis et se produit avec une abstention record pour ce type d'élections, toutes Républiques confondues, liée à la lassitude, au désintérêt ou à la protestation.

 

Même Philippe Gosselin, encore jeune et très populaire, a senti le vent du boulet. Peut-il encore gagner ?

- Le fait que, dans la circonscription de Saint-Lô, le député sortant LR Philippe Gosselin n'arrive qu'en deuxième position, derrière la candidate macroniste Benoîte Nouet, illustre inconnue sur la scène politique locale et nationale, constitue assurément la plus grosse surprise du premier tour des élections législatives en Normandie.

En effet, bien que député de l'opposition, Philippe Gosselin a effectué d'une part un travail de bureau très important au sein de la commission des lois de l'Assemblée nationale, dont il est secrétaire et où ses qualités de juriste sont reconnues de tous ses collègues et, d'autre part, un travail de terrain très intense auprès des élus et de leurs administrés. Il figure parmi les députés de l'opposition sortante les plus actifs. En 2012, il était également l'un des députés de la majorité sortante les plus actifs au Palais Bourbon.

Avec un retard de 4,5 points, le député Gosselin peut l'emporter au second tour. Mais pour cela il lui faut mobiliser de nombreux abstentionnistes du premier tour.

 

Diriez-vous avec nous que, faute d'avoir su ou voulu limiter eux-mêmes le nombre de leurs mandats, nos élus se sont vu imposer cette limitation par les électeurs ?

- Le cumul des mandats par les députés sortants et la volonté du président Macron d'y mettre fin a probablement profité aux nouveaux candidats macronistes pour beaucoup totalement dépourvus d'expérience politique.

Mais c'est essentiellement l'incapacité des majorités d'alternance, de droite comme de gauche, à traiter efficacement les problèmes du chômage, de l'investissement, des déficits publics et de l'insécurité qui se retourne contre ces majorités et qui donne l'occasion à une majorité d'alternative, de droite et de gauche, de tenter sa chance. Il faudra que la nouvelle majorité En marche avance rapidement et efficacement si elle veut durer."

 

Interview : Catherine Forestier

 
Publié le : 14/06/2017

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