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Affaire Baupin : "Nous voulions l'empêcher de nuire"

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La député Isabelle Attard fait partie des femmes qui avaient dénoncé, en 2016, les agissements du député ex-écologiste Denis Baupin. L'enquête le visant pour agression sexuelle et harcèlement a été classée sans suite, lundi 6 mars, par le procureur de la République de Paris, en raison de la prescription des faits. L'élue du Calvados se dit satisfaite. Denis Baupin, de son côté, veut désormais porter plainte contre elle et les autres accusatrices.
 

Quel est votre sentiment au lendemain de la décision du procureur de Paris de classer sans suite, pour prescription des faits, l'enquête pour agressions et harcèlements sexuels visant le député Denis Baupin ?

- "Je suis satisfaite même si on peut regretter le délai de prescription de trois ans. Des femmes qui témoignaient savaient que c'était trop tard. Je pense à Annie Lahmer (conseillère régionale EELV d'Île-de-France) qui l'a fait parce que d'autres femmes ont vécu la même chose récemment. Ce qui aurait été terrible, c'est que le procureur classe sans suite sans argumenter. Denis Baupin aurait pu fanfaronner : 'Je suis innocent'. Le procureur considère, au contraire, nos déclarations comme mesurées, constantes et corroborées par d'autres témoignages. Certains faits peuvent être qualifiés.

 

Pourquoi l'avoir dénoncé si vous saviez qu'il ne pourrait donc pas être condamné ?

- Nous voulions l'empêcher de nuire. Ça fait vingt ans que ça dure. Vingt ans que les gens de ce milieu-là sont plus ou moins au courant. Il fallait réagir. On ne peut pas se confier à une personne et que rien ne se passe après. On ne peut pas laisser quelqu'un qui harcèle ou agresse rester toujours impuni et qu'il continue.

 

Comment réagissez-vous à l'intention de Denis Baupin de déposer plainte contre vous pour dénonciation calomnieuse ?

- Il pouvait aussi porter plainte contre la terre entière ! C'est à la fois ridicule et pathétique. C'est sa technique de défense, il attaque. Il n'a plus d'argument. Mais il peut y aller, pas de problème ! Le procureur reconnaît que nos déclarations sont justes, légitimes. On répétera encore une fois ce qu'il s'est passé, avec des exemples sur vingt ans. Je pense qu'il veut peut-être gagner du temps, ou en donner à sa femme. Qu'elle termine son mandat de ministre en laissant l'impression que son mari est blanc comme neige. Il sait que cette procédure de plainte n'est pas immédiate.

 

L'affaire en reste donc là ?

- Notre but n'est pas forcément Denis Baupin. C'est que la vie des femmes ne soit pas pourrie par des prédateurs, des personnes qui les harcèlent et contre qui elles ne peuvent rien faire parce que c'est leur patron, leur mari... Nous sommes tous concernés. Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon ou de son ex-compagnon. Une femme sur cinq a subi dans sa vie un problème d'harcèlement. Ces chiffres ne sont pas anodins. Ce fléau peut toucher votre mère, votre cousine, votre belle-sœur, votre voisine... C'est le signe d'une société où il y a des dominants et des dominés. Et il faut arrêter ça."

 

Interview : Jérémy Paradis

 

Photo : Isabelle Attard (© Frédéric Grimaud)

 
Publié le : 08/03/2017

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